
Louis Charlot voit le jour le 26 avril 1878 à Cussy-en-Morvan au sein d’une famille modeste, son père Pierre Charlot était facteur des postes et sa mère Jeanne Allyot, sans profession, était d’une famille tournée vers l’enseignement. Louis Charlot est le troisième enfant d’une fratrie de cinq. Dès l’école communale il montre des aptitudes pour le dessin, les mathématiques et la géométrie. Ses parents le destinent alors à l’École des Arts et Métiers de Cluny. Il fait de bonnes études au collège Bonaparte d’Autun mais sa passion pour le dessin l’oriente vers les arts plastiques. Son professeur de dessin, Monsieur Marillier, lui reconnaît de bonnes dispositions pour cette science. À l’âge de dix-sept ans Louis Charlot est alors confié au sculpteur Claude Henri Fauconnet, puis au tapissier Alexandre Huet (1846-1905) et enfin au peintre décorateur, Monsieur Châtaignier, tous demeurant à Autun, pour parfaire son éducation artistique.
Aujourd’hui, l’œuvre peint de Louis Charlot (1878 – 1951) est considérable. Trop dispersé, hélas, on ne lui accorde d’aujourd’hui qu’une place mesurée dans l’histoire de l’art. Ce peintre a pourtant laissé un œuvre riche, varié et plein de sensibilité où la place des hommes et des paysages de son terroir, le Morvan, ont pris une part importante dans sa vie et dans son œuvre.
Cet artiste timide et réservé, aux qualités artistiques reconnues de son vivant, par la presse spécialisée et par les plus éminents critiques d’art, a sans doute, été oublié dans l’histoire de l’art pour n’avoir jamais adhéré aux phénomènes de modes les plus divers. Creusant son sillon laborieusement, il laisse aux portes de ce XXI ème siècle un œuvre qui mérite de s’y attarder avec une vision plus neuve et plus réfléchie.
Monté à Paris à la fin du XIX ème siècle, Charlot fait école d’une peinture académique que lui inculquent des Maîtres comme Jean Laronze (1852 – 1937) et Léon Bonnat (1833 – 1922). De cette période il conservera l’étiquette de peintre paysagiste et portraitiste ce qui lui permettra de réaliser bon nombre de figures et de portraits tout au long de son existence.
C’est sans hésitation qu’il se tourne en ce XX ème siècle naissant vers la peinture plus libre plus vibrante des impressionnistes comme Camille Pissarro, Edouard Manet, et surtout Paul Cézanne. Ils marqueront profondément sa mémoire et sa facture. Charlot trouve là le moyen d’être en pleine communion avec cette nature qu’il chérit. Sa palette s’enrichit aussi des couleurs pures, chères au « Fauves », et ses œuvres deviennent plus flamboyantes, riches de sa franchise de touche. De somptueuses natures mortes, des paysages, des neiges et des pastorales témoignent de cette époque. De son passage par l’école Nationale des Beaux-Arts de Paris et de ses consciencieuses études au musée du Louvre, Charlot garde également une admiration sans partage pour la peinture hollandaise. Il s’émeut aussi devant les œuvres des frères Le Nain, de Jean-François Millet, de Gustave Courbet et de Jean-Siméon Chardin. Il en tirera des scènes de genres et des figures très remarquées.
Au tournant du XX ème siècle, toujours attentif aux différents courants artistiques Louis Charlot se cherche, mais jamais il ne prend position pour tel ou tel engouement pictural. Il s’efforce de trouver son propre style sans adhérer à des « procédés » techniques. Sa sensibilité d’homme le conduit sans cesse sur le motif. Par un dessin ferme, des constructions solides, une facture plus personnelle, le feront se reconnaître du « grand réalisme français » par son ami Georges Lecomte (1867 – 1958).
La monographie que publia Georges Lecomte en 1926 (Editions Georges-Petit) sur l’artiste tient toujours lieu de référence sur la vie et sur son œuvre. Bien mieux, l’académicien a pu suivre l’évolution de son œuvre.
Il participe régulièrement aux salons parisiens (Salon des Artistes français – Salon d’Automne – Salon des Artistes Indépendants – Salon de la Nationale des Beaux-Arts – Salon des Tuileries) ainsi que dans les salons régionaux et les triennales. Les galeries parisiennes les plus en vogue s’ouvrent à lui, comme Eugène Blot, Eugène Druet, Manzi-Joyant, Georges Petit, Paul Rosenberg, Marcel Bernheim, Paul Durand-Ruel, Jean Barbazanges, Bernheim-Jeune, ou encore Devambez, Reitlinger, Manuel Frères, Armand Drouant, Jean Charpentier … Elles accueillent favorablement son travail dans des manifestations personnelles ou de groupes et exportent ses œuvres à l’étranger (USA – Grande Bretagne – Suisse – Belgique – Espagne – Italie – Japon – Norvège – Finlande – Argentine – etc.). Il transportera également son matériel de peintre vers la Bretagne, à l’île de Bréhat, et en Provence, à Bormes-les-Mimosas, offrant aux amateurs une fraîcheur nouvelle. De grands collectionneurs étrangers lui achèteront ses oeuvres, dès 1906, comme Ivan Morozov en Russie ou bien encore, dans les années 1920, Kōjirō Matsukata au Japon.
Tout au long de son existence Louis Charlot jouit de critiques élogieuses dans la presse spécialisée. De nombreux et talentueux critiques d’art (Georges Lecomte, Guillaume Apollinaire, J.- C. Holl, André Salmon, Louis Vauxcelles, Gustave Geffroy, William Romieux, René-Jean, Charles Fegdal, Léon Rosenthal, Camille Mauclair, François Thiébault-Sisson, René Barotte, Louis Hautecoeur, Gustave Kahn, Raymond Escholier, Germain Bazin, Guillaume Janneau, Henri Focillon, André Warnod, Georges Turpin, etc.) accompagneront positivement l’artiste tout au long de son existence.
Les thèmes les plus variés ont intéressé et passionné l’artiste : Portraits – Natures mortes – Paysages – Neiges – Marines – Scènes de genres – Nus et baigneuses – Pastorales – Figures – Scènes intimistes – Scènes militaires, et toujours inlassablement attachés à son terroir, qui lui vaudront le qualificatif de « Peintre du Morvan ». Louis Charlot s’éteindra à Uchon le 31 mai 1951.
